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Projet ClarkeSources

Les manuscrits de Rebecca Clarke : un terrain fertile pour l‘interprète

Étude de la Sonate et des pièces avec alto

Vinciane Béranger, HEMU – Vaud (responsable de projet)
Marie Chabbey, HEMU – Vaud
Christopher Johnson
Carina Freire, cinéaste

Ce projet vise à comparer les manuscrits avec alto de la compositrice Rebecca Clarke (1886-1979) avec les éditions imprimées.

L’enjeu de la dernière étape du projet a été de proposer un document inédit qui offre à l’interprète la possibilité d’accéder, en un seul coup d’œil, à toutes les sources de la Sonate et à se retrouver dans le dédale des différences qu’elles présentent afin d’orienter sa réflexion concernant son jeu.

Ce document n’est pas une édition critique. Toutefois, la partition est abondamment commentée de façon à mettre en lumière quelles sont les divergences qui peuvent être considérées comme des erreurs de copie et quelles sont celles qui traduisent la flexibilité de Rebecca Clarke vis-à-vis de l’interprétation de son œuvre par exemple.

Cette publication écrite est enrichie de quatre entretiens avec Vinciane Béranger, qui, alto à la main, présente une partie des grandes catégories de différences qui ont été traitées dans la partition commentée.

Financement: fonds stratégique HES-SO

Vidéos

Introduction au projet ClarkeSources

Les sources de la Sonates pour alto et piano (entretiens avec Vinciane Béranger à l’intention des interprètes) :

Genèse & présentation des sources disponibles

Tempo

Rubato

Ruptures, affirmations et textures

Entre les notes : le contexte de création et de l’écriture (entretiens avec Christopher Johnson) :

Sonate pour alto et piano

Dumka, Duos pour alto et violoncelle, Morpheus

Crédits
Équipe de recherche du projet ClarkeSources : Vinciane Béranger (responsable de projet HEMU – Vaud), Marie Chabbey (HEMU – Vaud), Stéphanie Gurga (pianiste)
Réalisation : Carina Freire (cinéaste)

Éditions

Fantasiestücke, op. 73
Robert Schumann

Transcription Vinciane Béranger
de l’original (pour clarinette) pour alto et piano
Éditions Billaudot (réf. GB7373)

Schumann, Fantasiestücke op. 73

Article

La Sonata da camera de Nicolas Bacri

Créée le 23 septembre 2000
à la maison Claude Debussy à Saint-Germain-en-Laye
par Vinciane Béranger, alto
et Nicolas Bringuier, piano

« C’est en 1997 que je remis la main sur un de mes vieux manuscrits daté de 1977. On pouvait y remarquer les efforts désespérés d’un musicien de quinze ans s’essayant à la composition avec beaucoup de maladresse, mais aussi la présence d’un thème assez bien structuré auquel j’eus envie de donner une chance. C’est ainsi que, vingt ans plus tard, je décidai de le prendre comme premier thème d’un mouvement de sonate qui devint, après quatre années de labeur souvent interrompues par le travail sur d’autres pièces ayant fait l’objet de commandes pressantes, la Sonata da Camera opus 67. »

Ainsi présentait le compositeur sa nouvelle pièce lors de sa création.

Après des débuts où l’esthétique sérielle était au cœur de sa musique, Nicolas Bacri est, depuis une dizaine d’années, orienté vers un langage plus proche de la grammaire classique.

D’une grande sensibilité, ses œuvres pour cordes mettent en valeur d’une façon exceptionnelle le timbre spécifique de chaque instrument et offrent une utilisation optimale de ses techniques instrumentales. Ses œuvres précédentes pour alto témoignent d’ailleurs de cette maîtrise : 2 lieder pour alto et piano (1981), Une prière (créé par Gérard Caussé et l’Orchestre Philarmonique de Montpellier), Quasi variazioni pour alto et piano (créé par Laurent Verney et François Killian), Folia et Requiem pour alto et cordes, toutes deux enregistrées par Laurent Verney.

La Sonata da Camera est de facture classique, en quatre mouvements. Elle représente, selon Nicolas Bacri, “ une sorte de variation perpétuelle d’un thème juvénile passé au filtre des formes “ classiques ” de la sonate bi thématique et du scherzo. Même le thème nouveau qui fait l’objet des variations dans le dernier mouvement révèle finalement sa parenté avec le thème principal en se superposant à celui-ci dans la dernière variation. ”

En effet, ce fameux thème juvénile, inspiré il y a vingt ans au compositeur, apparaît dès le premier mouvement, Andante. La forme d’allegro de sonate donne une structure claire à ce mouvement empreint en alternance de douceur et de vigueur.

Vient ensuite un scherzo pétillant, Presto misterioso, où alternent, dans une virtuosité chère à Nicolas Bacri, notes sautillé et liaisons plus marquées. En guise de trio, une brève et brillante cadence d’alto, précède un cheminement d’accords consonants évoluant en clusters, dissonances qui nous éloignent de toute convention harmonique.

Le troisième mouvement, Pezzo elegiaco, d’une poignante mélancolie, n’est pas sans rappeler l’atmosphère de Chostakovich dans le troisième mouvement de sa sonate.

Le finale nous propose un thème et variations, selon une forme qui fut chère aussi à Brahms. Ces variations, qui s’enchaînent font la part belle aux contrastes de nuances, aux échanges entre le piano et l’alto, aux changements de tempi, aux mélanges rythmiques ternaire/binaire ; une rêverie, cette fois toute schumanienne clôt cette progression, et le premier thème de l’œuvre réapparait en se superposant au thème du finale.

L’œuvre est magnifique mais requiert une grande virtuosité de la part des musiciens. Dans les mouvements rapides, l’alto est très présent par ses longues interventions en spiccato, utilisant un grand ambitus pour les nombreuses envolées. Quant aux mouvements lents, ils réclament maturité et finesse pour soutenir et infléchir de longues phrases. A l’exception de quelques points précis, l’équilibre entre le piano et l’alto n’est pas problématique : les tessitures des deux instruments sont savamment utilisées pour que chaque voix ressorte.

La partition de cette sonate a été éditée au cours de l’année 2001 aux éditions Peer Music (New York Hamburg).

 

Vinciane Béranger

(pour le journal « Les amis de l’alto », 2000)